Europe : la BCE en catalyseur surprise ?

Par : edicom

Par Stéphane Levy, stratégiste et responsable de l’innovation chez Irivest Investment Managers (fonds Chahine & Dynasty)

L’année 2025, à l’heure où nous écrivons ces lignes, aura été un bon cru pour les indices actions européens (Stoxx Europe 600 NR +16.4 % YtD au 30 novembre 2025). Ces derniers surperforment l’indice américain exprimé dans une même devise, un constat pas si fréquent depuis le début du siècle.

Depuis l’automne 2022, la hausse s’élève à plus de 60 % pour les indices actions européens et cette dernière peut être décomposée en trois phases distinctes :

- la première phase, entre septembre 2022 et octobre 2023, fut celle du soulagement. L’économie mondiale se montrait bien plus résiliente qu’anticipé malgré une inflation, à l’époque à deux chiffres :

- la deuxième phase, entre octobre 2023 et décembre 2024, fut, quant à elle, la conséquence positive de la baisse rapide de l’inflation et de l’imminence d’un pivot monétaire accommodant par les banques centrales, qui s’est matérialisé en juin 2024 pour la BCE et en septembre 2024 pour la Fed ;

- et la troisième phase, qui a pris racine début 2025, est celle de la normalisation fondamentale des différents segments de la cote, comme nous le suggérions dans notre article de début 2025 « L’heure est à la normalisation fondamentale des différents segments du marché actions ».

Cette phase de normalisation fondamentale, très profitable géographiquement à l’Europe, et aux segments Value du marché européen pourrait être proche de son terme.

En début d’année, seuls les secteurs Value (les points en orange dans le graphique « Normalisation fondamentale en Europe »), présentaient une décote par rapport à leurs standards historiques de valorisation, ce n’est désormais plus le cas. Le puissant «re-rating» (renchérissement fondamental) des secteurs Value, notamment celui des banques, de l’énergie, des utilities, des assurances ou des télécoms, observé depuis le début de l’année, a en effet permis de normaliser fondamentalement la situation.

Un phénomène que la hausse de l’euro versus l’US dollar a bien aidé, en raison du profil domestique du style Value en relatif au reste du marché. En moyenne, les secteurs Value sont désormais valorisés à un niveau proche de leur moyenne historique, ce qui est également le cas des secteurs de style « Croissance » (points bleus) et les secteurs à dominante « Visibilité » (points gris).

La seule exception à ce puissant mouvement de normalisation fondamentale concerne le secteur Industrie, dont le re-rating vient à contre-courant de ce phénomène de normalisation fondamentale. Cela s’explique par les promesses de plans d’investissement massifs en Europe dans le domaine de la défense et de l’indépendance énergétique.

Un tel contexte a été particulièrement favorable aux valeurs de « Momentum ». En effet, le rallye Value est venu prolonger une tendance qui a pris naissance en novembre 2020, il y a désormais plus de cinq ans, lors de la découverte des vaccins. Par ailleurs, le secteur industrie et ses composantes liées à la thématique « Défense » disposaient déjà d’un excellent « Momentum » depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.

Après une séquence aussi porteuse et aussi longue, il peut désormais apparaître légitime de se poser la question de la pérennité de ce rallye boursier.

Un Momentum économique sous pression mais…

Ce qui guide durablement le comportement des Bourses, c’est le cycle économique. Le graphique «Un environnement procyclique en Europe qui bat des records de durée» (page suivante) l’illustre parfaitement. Ce dernier met en lumière la consistance de la corrélation entre notre indicateur propriétaire de Momentum économique et la dynamique de marché.

Notre indicateur est en territoire expansif depuis mars 2023 (matérialisé par les bandes vertes sur le graphe), une durée record depuis sa conception en 2003, et il ne serait pas étonnant dans un contexte « normal » d’observer au cours du premier semestre 2026 une bascule signalant un environnement économique moins porteur pour la classe d’actifs actions Europe. D’autant plus que le Momentum économique des Etats-Unis, première économie mondiale, montre de sérieux signes d’essoufflement depuis le printemps 2025, et que la hausse puissante de l’euro en 2025 pourrait avoir quelques effets retardés négatifs pour l’Europe en 2026. Mais sommes-nous dans un environnement normal ? Pas si sûr !

La BCE bientôt au centre du jeu ?

Après s’être mises en retrait durant la majeure partie de l’année 2025, les banques centrales sont en train de revenir au centre du jeu. En effet, la Fed a réinitié un cycle de baisse de taux en septembre dernier, en réaction à la dégradation significative du Momentum économique américain. Une dégradation provoquée par la politique commerciale de Donald Trump, afin de contraindre la Fed à baisser les taux. En effet, si l’objectif premier de la nouvelle administration au pouvoir est de réindustrialiser les Etats-Unis, cela ne peut s’opérer que dans un environnement de taux bas. Avec un taux directeur (Fed Fund) à 4,5 % en début d’année 2025, les conditions n’étaient pas réunies. Il semblerait que les choses aient, depuis, évolué positivement, malgré la forte résistance de la Fed et de son président Jerome Powell au printemps 2025.

En mai, ce dernier indiquait, en effet, que les risques inflationnistes étaient trop prégnants pour envisager une baisse prochaine des taux par la Fed. Affirmation démentie quatre mois après, avec l’annonce par la Fed d’une baisse de taux en septembre, en octobre et vraisemblablement en décembre.

Le risque inflationniste semble s’éloigner…

Dans ce contexte, la surprise pourrait venir prochainement de la Banque centrale européenne. Après avoir ramené les taux directeurs au niveau de l’inflation, cette dernière marque une pause depuis juin dernier. Une pause qui, si elle devait se prolonger, ferait peser un risque majeur pour l’économie européenne, celui d’une forte appréciation de l’euro, alors que la Fed agit.

Nous pensons donc que la BCE pourrait surprendre et sortir du bois en baissant les taux directeurs. D’autant plus qu’avec un dollar faible, une croissance molle et des prix de l’énergie bas, le risque inflationniste semble s’éloigner. Les investisseurs obligataires ne s’y sont pas trompés et anticipent une déflation dans les trois prochaines années en Allemagne (point mort d’inflation allemande à trois ans -0,7 %).

Pourtant et de manière très étonnante, aucune baisse de taux de la BCE n’est pressentie dans les douze prochains mois par les investisseurs. Une surprise positive est donc à ce stade envisageable, ce qui pourrait redonner un second souffle au Momentum économique européen et prolonger de quelques mois le rallye du marché actions… La course contre la montre est déjà lancée !

  • Mise à jour le : 08/06/2026

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