Et si on revenait aux fondamentaux ?

Par : edicom

Par Marie Fournier, Senior Sales Manager chez Lupus alpha

Droits de douane, prolifération de tweets et autres turbulences : les décisions du gouvernement américain en matière de politique économique et internationale ont plongé les marchés financiers dans une volatilité extrême en avril.

L’annonce de droits de douane drastiques, suivie d’un moratoire surprenant, a provoqué une montée en flèche des indices boursiers, puis leur chute vertigineuse. L’euphorie et la panique se sont succédé. Tandis que des entreprises comme Amazon ou Intel renoncent à des perspectives commerciales solides, le PIB américain a déjà enregistré une baisse de 0,3 % au premier trimestre. Dans un tel contexte, une chose compte avant tout : garder la tête froide.

Politique erratique, perte de confiance

Depuis le « jour de la libération » du 2 avril, marquée par l’annonce par les autorités américaines de droits de douane importants, l’inquiétude économique règne, en particulier aux Etats-Unis. Le moratoire tarifaire de quatre-vingt-dix jours annoncé le 9 avril a, certes, détendu l’atmosphère sans pour autant restaurer un climat de confiance pour les investisseurs. L’incertitude continue de croître, et paralyse les investisseurs, les entreprises et les consommateurs.

Dans ce contexte économique, les décisions sont prises du jour au lendemain, relayées sur les réseaux sociaux, avant de prendre subitement une autre tournure. Caterpillar a ainsi déclaré que les «conditions générales mondiales volatiles ne permettaient plus d’assurer une planification fiable». Des multinationales comme 3M, Nike, Intel, Amazon ou Apple adoptent la même posture. Elles invoquent notamment les litiges commerciaux, les risques géopolitiques, les droits de douane, sans oublier la crainte d’une récession. Tout cela envoie un signal clair d’insécurité structurelle.

Les pressions macroéconomiques s’intensifient

La situation conjoncturelle s’était déjà détériorée avant l’entrée en vigueur des droits de douane, le produit intérieur brut américain enregistrant une baisse de 0,3 % au premier trimestre. Les entreprises avaient rapidement réagi : nombreuses sont celles qui ont stocké davantage de produits afin d’anticiper les barrières commerciales potentielles. Si cette accumulation massive entraîne une hausse des importations, elle est contrecarrée par le recul de la consommation et la baisse des dépenses publiques, un mélange toxique pour les perspectives de croissance de la première économie mondiale.

S’ajoute à cela la crainte d’une stagflation croissante. Le président de la banque centrale, Jerome Powell, continue de mettre en garde contre les risques d’inflation et ce, malgré les pressions politiques massives qu’il subit. L’indépendance de la Fed est de plus en plus remise en question, ce qui ébranle la confiance dans les obligations d’Etat américaines en tant que valeur refuge. Au lieu de cela, les capitaux affluent vers l’or, ce qui témoigne du sentiment de défiance ambiant à l’égard de nos institutions.

Des marchés en état de choc ou en état d’urgence ?

Cette situation se reflète dans la volatilité des marchés, plus impressionnante que jamais.

Le mois d’avril a été celui des extrêmes : le 4 avril, le S&P 500 a enregistré son pire jour de Bourse depuis mars 2020, avec -5,96 %. Cinq jours plus tard seulement, il a connu sa plus forte hausse depuis octobre 2008, avec une progression de 9,52 %. Les fluctuations se produisent à des intervalles de plus en plus courts : en l’espace de huit minutes, l’indice a bondi de près de 6 %, alimenté par des rumeurs de suspension des droits de douane. Après un démenti, le marché est rapidement revenu à son niveau initial en l’espace d’une demi-heure.

L’indice de volatilité VIX a même dépassé les 50, une valeur qui n’avait été atteinte depuis le début du millénaire qu’à l’occasion de la crise financière de 2008 et de la pandémie de coronavirus. Le rendement des obligations d’Etat américaines à dix ans a également évolué dans des fourchettes inhabituellement larges : en l’espace de quelques jours, il est passé de 3,86 % à 4,59 %, traduisant la profondeur des tensions structurelles auxquelles nous devons faire face.

Composition du marché avant la crise : la concentration l’emporte sur la diversification

L’instabilité du marché n’est pas inédite. La politique monétaire avait déjà entraîné un rééquilibrage des portefeuilles. De nombreux investisseurs, tant institutionnels que particuliers, ont réduit leur part d’actions et augmenté leur allocation vers le monde obligataire. En parallèle, les investisseurs actions se concentraient massivement sur quelques méga-caps technologiques.

Les capitaux ont afflué de manière disproportionnée vers les «Magnificent Seven» : Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta, Nvidia et Tesla. Ces entreprises représentent désormais plus de 25 % du S&P 500. Investir dans l’indice induit un biais fort sur le secteur technologique/IA. Ces sociétés ont des business models complexes et nous ne pouvons que déplorer que l’essentiel des investisseurs joue la tendance plutôt que les fondamentaux. Cela devient particulièrement problématique d’un point de vue stratégique lorsqu’un choc externe touche précisément ces segments de marché, comme cela a été le cas en début d’année. C’est dans de telles phases que l’on voit à quel point il est important d’avoir une allocation réellement diversifiée.

L’incertitude domine, mais le risque est faible

Ce que nous observons actuellement n’est pas une simple fluctuation du marché. Le risque est quantifiable, avec des probabilités, tandis que l’incertitude est infinie, qualitative et difficile à modéliser. Elle ne résulte pas seulement de données économiques, mais aussi des aléas liés aux décisions politiques.

Dans ce contexte, il faut faire preuve de discipline. En effet, agir sans réfléchir ne permet pas seulement de passer à côté d’opportunités. C’est surtout un risque de prendre mécaniquement de mauvaises décisions.

Stratégies pour un environnement d’incertitude extrême

1. Stick to the plan : maintenir une discipline stratégique

Le succès à long terme des placements ne repose pas sur des réactions rapides, mais sur des principes pérennes. Celui qui suit une allocation d’actifs stratégique bien pensée ne devrait pas s’éparpiller, surtout en période de volatilité. Les ajustements ne sont pas effectués sous le coup de l’émotion, mais à tête reposée sur la base d’analyses solides.

Harry Markowitz, fondateur de la théorie moderne de la gestion d’actifs, a montré qu’un portefeuille peut être composé de manière à obtenir le meilleur rendement possible pour un risque donné. Cette fameuse frontière d’efficience peut être identifiée avec deux classes d’actifs mais la véritable diversification ne commence qu’avec une multiplication de placements non corrélés. Le retournement des taux d’intérêt a montré que les actions et les obligations peuvent chuter ensemble, rappelant que les portefeuilles mixtes classiques ne sont pas invulnérables.

2. Repenser et élargir la diversification

La diversification n’est pas une fin en soi, mais elle est essentielle pour répartir les risques dans des phases de marché complexes. Il est souvent possible de procéder à des ajustements au sein d’une allocation d’actifs existante, en fonction des régions, des primes de risque, des tendances d’investissement ou des orientations stratégiques. L’Europe et l’Allemagne offrent actuellement des valorisations intéressantes, notamment parce qu’elles sont décorrélées des grandes valeurs technologiques américaines

En outre, la diversification est aussi une question de perception des opportunités : si l’on n’est pas prêt à investir dans d’autres classes d’actifs moins en vogue, on passe à côté d’opportunités et on risque d’avoir un profil risque-rendement unilatéral.

3. Des alternatives liquides comme complément stratégique

Les stratégies alternatives, telles que l’investissement long/short en actions, l’arbitrage de fusion ou les primes de volatilité, sont investissables via des fonds conformes à la réglementation UCITS. Elles sont donc réglementées, transparentes et liquides. Elles offrent une faible corrélation avec les marchés traditionnels et contribuent à stabiliser le portefeuille en cas d’épisode de forte volatilité.

Elles ne remplacent pas les actions ou les obligations, mais complètent la boîte à outils de l’investisseur stratégique. Leur contribution consiste à réduire le risque global et à exploiter des sources de rendement alternatives.

4. La volatilité, une réalité et non une menace

La volatilité est inévitable, mais elle peut être contrôlée grâce à la planification, la diversification et la préparation mentale. En l’acceptant, on peut non seulement mieux absorber les fluctuations, mais aussi les utiliser de manière ciblée. En effet, c’est précisément dans les phases volatiles que se présentent souvent des opportunités d’entrée favorables. La capacité à agir de manière rationnelle, sans céder à la panique, constitue un avantage concurrentiel évident.

5. Les stratégies de protection de capital permettent de sécuriser la valeur au lieu de procéder à des retraits

Pour les investisseurs dont le budget de risque ou les exigences réglementaires ne permettent pas de fluctuations importantes, les stratégies de protection de capital peuvent s’avérer utiles. De tels concepts combinent des placements de base sûrs avec des éléments dérivés, comme des options d’achat sur des indices d’actions.

Un exemple simple : 90 % du capital sont investis dans des obligations européennes très liquides et de la meilleure qualité, et les 10 % restants dans des options d’achat sur le S&P 500.

En cas de hausse des marchés, le portefeuille en profite presque entièrement, tandis qu’en cas de baisse des marchés, la perte est limitée à la prime de l’option. Ce profil asymétrique permet de participer aux hausses des actions avec un risque contrôlé. Une mise en œuvre pratique nécessite toutefois une gestion active et des ajustements permanents.

6. Penser de manière anticyclique : reconnaître les opportunités quand les autres vendent

Le comportement anticyclique est exigeant, mais il en vaut la peine. Les meilleurs investissements ne sont pas réalisés dans l’euphorie, mais en période de crise. Celui qui achète des marchés, des segments ou des stratégies lorsque d’autres les fuient un peu trop précipitamment peut obtenir des rendements supérieurs à la moyenne.

La discipline est ici clé : celui qui connaît et respecte sa stratégie d’investissement peut agir de manière sélective sans se surévaluer. L’anticyclisme n’est pas une preuve de courage, mais un comportement des plus rationnels.

Un tempérament pragmatique et décidé est un avantage stratégique

Les marchés restent volatils, la politique est imprévisible et la conjoncture demeure fragile. Mais c’est précisément dans ces moments-là que l’attitude stratégique se distinguera de l’agitation de court terme. Celui qui sait se projeter sur du long terme en étant largement diversifié, qui intègre intelligemment des stratégies alternatives et qui accepte la volatilité comme une variable inévitable et non à fuir aura finalement réuni les chances pour maximiser la stabilité de son portefeuille, y compris dans un environnement d’extrême incertitude.

  • Mise à jour le : 30/06/2025

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